Artiste Britannique, originaire de Liverpool, je vis et travaille en France depuis 1992, et depuis 2015 dans le Métropole lilloise. Diplômé des Beaux-Arts à l’université de Coventry en Grande-Bretagne. Je travaille principalement la gravure et le dessin.
Mon travail artistique explore les notions d’absences et mémoire(s) familiale(s). Mes oeuvres les plus récentes sont, ce que j’appelle, des « portraits d’absence ». Ces mises en scène photographiées, dessinées aux crayons de couleur et placées hors contexte dans le blanc de la feuille de dessin. Les montagnes de vêtements lâchement entassés sur le sol ou accrochés aux chaises deviennent des paysages en eux-mêmes, révélant leur propre géologie par les plis et les replis qui piègent le regard.
Ces masses molles, à la fois familières et étranges, évoquent un quotidien domestique chargé de signification. Elles forment un dialogue entre mémoire et oubli, entre ce qui est palpable et ce qui se dérobe. Dans cette accumulation, je cherche à souligner les couches de mémoire que nous portons tous en nous, chaque pli témoignant d’un moment vécu.
Ainsi, mes œuvres interrogent notre rapport à l’absence : que reste-t-il lorsque les présence s’évanouissent ? Comment les souvenirs façonnent-ils notre quotidien ?
Autoportraits en absences de Lesley Plumey par Béatrice Meunier-Dery
Les tas de vêtements mis en œuvre par l’artiste Lesley Plumey (2022) sont construits puis photographiés avant d’être dessinés, puis pour certains, exécutés en gravure. Le médium n’est pas anodin, il permet des effets miroirs, de faire des morsures et des répétitions.
Les masses molles aux couleurs sourdes, lourdes de leurs matières, forment des paysages aux plis et replis qui parlent à la fois d’une géologie personnelle faite de strates, de couches de mémoires, mais également d’un quotidien domestique qui pose question.
Ces tas figés, d’apparence silencieuse, murmurent des histoires de solitudes, d’absences, d’abandons et aussi de morts, toutes portés par l’artiste de façon directe ou à son corps défendant. Des ancêtres inconnus et disparus dans la fleur de l’age, des histoires d’ailleurs dont il manque des pans, des vies désincarnées dont il ne reste parfois pas même une trace photographique. Souvenirs et histoires tronqués.
Arrivent ensuite, la même année 2022, une série de dessins bleus, des tas-iceberg dont on imagine qu’ils ne sont que la partie visible d’une accumulation plus vaste qui croît avec le temps qui passe. La couleur froide fige les vêtements. Le critérium à mine bleue, utilisée par les architectes pour les traits de construction, permet un dessin plus léger, « un trait qui peut s’effacer facilement » dit l’artiste qui continue d’attendre que quelque chose change tout en modifiant l’approche de ce motif récurent qu’est devenue l’accumulation d’habits familiaux (Habit du latin hábitus, qui veut dire « manière d’être », venant de habere, avoir*)
Le titre de la série « I’m still lying here where you left me », savoureusement ironique, est très exactement adressé à l’absent. L’éloignement de l’autre, de celui qui est censé partager la vie de la maison, nous est jeté à la vue comme l’ont été les vêtements qui gisent parterre, immobiles. Ils attendent les mains, les bras qui pourraient les ramasser, leur redonner vie.
Au premier plan ou sur le dessus d’un tas s’étale un soutien gorge, dont la position dans l’image et la couleur, souvent en décalage avec le reste des étoffes, cherche à attirer l’attention. Il se fait le symbole du féminin, de la sexualité et de la maternité. Il évoque à lui seul les différentes « casquettes » de la « femme au foyer », interchangeables et superposables.
Le dictionnaire des synonymes en propose une liste non exhaustive : ménagère, mère au foyer, mère de famille, maîtresse de maison, fée du logis, femme d’intérieur…
La dernière série « Little rearrangements I et II » (2023-2024) présente des vêtements de l’artiste et de son mari mis en scène sur une chaise de l’implicite chambre à coucher. La veste et chemise masculines posées sur le dossier encadrent les vêtements féminins qui ont repris de la couleur et ce de façon éclatante, alors qu’une partie demeure en tas sur l’assise. Les motifs d’Orchidées Catleya sur la chemise ( Little rearrangements I) font directement référence à l’ évocation d’une expression de Proust « Faire catleya » dans le livre Du côté de chez Swann qui signifie pour les protagonistes de l’histoire « Faire l’amour ». La chemise de celui qui finir toujours par repartir est dessinée à la mine bleue,
celle qui peut s’effacer si facilement…
Ces séries, à la fois volubiles et silencieuses, sont des autoportraits tout en finesse qui montrent les difficultés à trouver sa place en temps que femme, artiste de surcroît, à être au bon endroit , qui questionne par extension les constructions personnelles et sociales des femmes aujourd’hui.
Le 20 mars 2024 BM-D
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